J'ai cassé les clés d'une Certificate Authority des années 90 —Bienvenue dans le Far West du web
Quand des clés RSA de 1999 cèdent sous les processeurs modernes
Tous les quelques années, la communauté cryptographique enterre discrètement une taille de clé qui semblait solide hier. Le 128-bit des années 90 ? Complètement dépassé. Et ces clés RSA qui paraissaient inviolables ? Elles tombent maintenant en quelques heures sur du matériel grand public.
Récemment, un chercheur a publiéeses résultats sur la factorisation de clés RSA 512-bit provenant d'anciennes autorités de certification (CA). Ces certificats venaient de Netscape 4.51, lancé en mars 1999, avec des racines signées par E-Certify, une CA canadienne. Ces certificats étaient considérés comme fiables pour les connexions SSL jusqu'en 2003 — quand le monde a finalement admis que 512 bits n'ont jamais été suffisants.
Pourquoi 512 bits était une erreur dès le départ
RSA-512 utilise un modulus de 512 bits, le produit de deux nombres premiers. Dans les années 90, factoriser un tel nombre était théoriquement possible mais ardu en pratique. Sauf que les mathématiques n'ont pas changé. Notre puissance de calcul, si.
Un processeur Ryzen 9 moderne faktore une clé RSA 512 en environ 30 heures avec des outils open-source comme CADO-NFS. En 1999, il aurait fallu un supercalculateur ou un effort distribué massif.
Le plus marquant ? Même en 1999, c'était déjà limite. RSA-155 (un nombre de 512 bits soit 155 chiffres décimaux) a été faktorisé en août 1999, quelques mois seulement après l'expédition des certificats E-Certify. Le researcher note que ces clés n'auraient jamais dû être émises.
Le Web PKI et ses racines historiques
Le Web PKI — le système de certificats qui sécurise HTTPS — repose sur des hypothèses de confiance qui semblent bien naïves aujourd'hui. Dans les années 90, les navigateurs embarquaient des dizaines de certificats racine du monde entier, avec peu de standardisation sur les tailles de clés ou les pratiques opérationnelles.
Netscape, qui a inventé le commerce web avec SSL en 1994, était particulièrement laxiste. IE était plus prudent — aucune racine RSA 512-bit n'a jamais été livrée avec Internet Explorer. Mais l'approche de Netscape a créé un artefact historique : des certificats CA en 512 bits restés fiables sur les systèmes tournant sous une vieille version de Netscape avec un horodatage décalé.
Ce que cela implique pour la sécurité actuelle
Le message principal n'est pas « ne utilisez jamais RSA 512-bit ». Ça va de soi. La vraie leçon, c'est que les standards de sécurité évoluent. Une clé RSA 2048-bit, exigée par les meilleures pratiques actuelles, finira elle aussi par être jugée trop petite. Le projet NIST Post-Quantum Cryptography est déjà en route parce que les chercheurs anticipent que les ordinateurs quantiques briseront RSA un jour.
Pour les développeurs et les organisations aujourd'hui, cette leçon historique renforce plusieurs principes clés :
- Prévoir les migrations d'algorithmes : votre infrastructure devra évoluer avec les standards cryptographiques. Évitez de coder en dur des algorithmes spécifiques.
- Suivre les calendriers de dépréciation : les autorités de certification et les navigateurs annoncent régulièrement des dates de fin pour les anciennes tailles de clés et fonctions de hachage.
- Automatiser le renouvellement des certificats : les processus manuels mènent aux certificats oubliés et configurations obsolètes.
- Utiliser Certificate Transparency : les CA modernes doivent journaliser publiquement les certificats, compliquant la tâche des acteurs malveillants.
Le côté amusant
Au-delà des implications de sécurité, il y a quelque chose de délicieusement cool à craquer des clés cryptographiques d'une autorité de certification disparue. Le chercheur a publié les clés privées E-Certify et même mis en place un serveur HTTPS test fonctionnant avec Netscape Navigator 4.51. C'est une capsule temporelle : ces vieux certificats peuvent toujours authentifier des connexions — du moins avec des navigateurs plus anciens que beaucoup de développeurs d'aujourd'hui.
Si ça vous intrigue, le chercheur a partagé des outils et des instructions pour extraire et analyser les certificats racine historiques. Vous pourriez tomber sur d'autres CA oubliées avec des clés tout aussi fragiles. Un rappel que l'histoire d'Internet laisse des traces, et qu'elles n'étaient pas toutes sécurisées.
La prochaine fois que vous configurez TLS pour votre application, prenez un instant pour apprécier le chemin parcouru — et à quel point votre hébergeur gère probablement automatiquement les renouvellements de certificats, les tailles de clés et la sélection des cipher suites. Les années Far West des CA en 512 bits sont derrière nous, mais les leçons sur l'hygiène cryptographique restent plus pertinentes que jamais.